|
Mardi dernier (14/11/2008), lors du match amical France-Tunisie au Stade de France, la chanteuse symbolique franco-tunisienne Laam a eu bien du mal à se faire entendre lors de l’hymne national français. Pour se rendre compte de l’ampleur des sifflets conspuant « La Marseillaise », je vous invite à l’écouter en cliquant ci-dessous :
On dirait que l’ensemble des spectateurs est en rage contre la France. Et il est vrai qu’il y avait plus de spectateurs pour la Tunisie que pour la France, mais le paradoxe est que plus de la moitié de ces spectateurs pour la Tunisie sont Français (d’origine tunisienne). Evidemment, certains diront par la suite, comme Michel Platini (président de l’UEFA), que ce n’est pas la première et dernière fois que les hymnes sont sifflés. Mais il omet que ceci dura pendant tout le match, principalement à l’encontre de Ben Arfa, joueur français d’origine tunisienne. Et ce problème est récurrent dès lors que la France joue, à Paris, contre un pays du Maghreb (Maroc, Algérie ou Tunisie). Par trois fois il y eu le même genre d’incident, et même un envahissement du terrain par les spectateurs algériens en 2001, obligeant l’interruption du match. Nous ne pouvons donc pas traiter cela comme un phénomène dommageable du sport qui entraîne avec lui des imbéciles haineux. Non, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse réflexive autour de la problématique de la France terre d’accueil – terre d’exclusion de la population maghrébine. Car, en effet, il est évident qu’une partie de ceux qui ont conspué « La Marseillaise » mardi l’ont chantée de bon cœur en 1998 et 2000 quand la France fut Championne du Monde et d’Europe.
Pour ma part, je pense que ces Français d’origine maghrébine ou ces Maghrébins vivant en France ont un réel problème d’identification nationale, ne sachant jamais vraiment à quel pays et quelle culture ils appartiennent et vivent constamment avec un certain malaise : montrés du doigt en France, il sont aussi jugés comme « différents » quand ils retournent au pays. Alors ils saisissent ces matchs à Paris comme une occasion de montrer qu’ils sont une communauté forte et bafouent « leur » hymne » pour défier leur pays d’accueil et de rejet qui les stigmatise en permanence et les accuse de tous les maux, ou presque, de la société française. En tout état de cause, c’est l’échec du football et du sport en général qui, au lieu de rassembler les gens, les divise, bien qu’ils vivent sur le même territoire. Alors que faut-il faire ? Le Tribunal de Bobigny (gérant la commune de Saint-Denis – Stade de France) a ouvert une enquête pour « outrage à l’hymne national ». C’est dire l’importance que l’on accorde à cet évènement, et ceci peut-être justifié ; mais ce qui est écoeurant, c’est la récupération politique, dans cette époque du « tout-communication », pour proposer des solutions miracles qui ne le sont pas, afin de soigner l’électorat en envenimant les tensions intercommunautaires. De fait, nous avons entendu des absurdités du gouvernement en place comme ne plus jouer « ces » matchs à Paris (qui serait une fuite en avant et une punition de la population immigrée, encore une fois) ou alors ne plus jouer les hymnes (alors à quand la fin du maillot national et des matchs internationaux si nous ne pouvons contrôler les tensions qu’ils entraînent ?). Mais la palme d’or des bêtises énoncées revient à notre cher Président, Nicolas Sarkozy, ou plutôt notre bon Roi Nico 1er, très mécontent que l’on traite « son » hymne de la sorte, lui qui voudrait que la connaissance de cet hymne soit une des conditions d’obtention de la carte de séjour française pour les ressortissants étrangers. De fait, via Roselyne Bachelot, son ministre des sports, il a décidé qu’à l’avenir le match sera purement et simplement arrêté !!! Ah bon ? Mais Nico 1er a oublié que le monde politique n’a aucun droit d’ingérence dans les règles émises par la FIFA et l’UEFA (les Polonais en savent quelque chose en ce moment). A propos, quand un arbitre accéda à la demande du Roi du Koweït Cheikh Fahd, venu sur la pelouse pour annuler un but, lors du Mondial 1982 en Espagne, cet arbitre fut radié à vie de ses fonctions. Donc, seuls l’arbitre et son assistant peuvent interrompre un match, et ceci pour plusieurs raisons, mais pas encore pour tous les bruits provenant des tribunes !!! D’ailleurs…comment faire ? Au bout de combien de spectateurs, 1000, 10 000 ? Et comment les compter : un policier derrière chaque spectateur ? Ou alors au bout de combien de décibels ? Et dans ce cas on viderait le stade de 80 000 personnes frustrées ayant payé leur billet, pour les laisser dans les rues !!! Attention aux vitrines !!!
Je suis intimement convaincu que le sport n’est que le reflet de notre société et que la France paie les pots cassés de sa colonisation et décolonisation et de la mise en exergue permanente de la population immigrée ou issue de l’immigration comme fautive, par principe. La sanction à leur égard ne sera jamais la solution, seule l’éducation de tous au respect de chacun peut constituer une piste de réflexion à approfondir. D’ailleurs, lors du dernier Euro, un travail pédagogique avant les matchs a été effectué…et les hymnes n’ont pas été sifflés. Quant à « La Marseillaise » en elle-même, il est vrai que les paroles guerrières (« Aux armes citoyens ! ») qu’elle véhicule peuvent choquer sur un terrain de sport, mais c’est un autre débat… | Illustrations : | Pour illustrer cet article on a utilisé deux images de Christelle Frobert : - "Oh pardon" - "No detente" Tos les droits réservés. Le site Internet de l'auteur. |
|